Par Basile KEUGOUNG

En Afrique sub-saharienne, les districts de santé sont dirigés essentiellement par des médecins. Ceux-ci sont soit des médecins généralistes ou des médecins titulaires d’un Master en santé publique. En santé publique, les spécialités sont variées : épidémiologie, gestion de projet, gestion des systèmes de santé…. La CoP PSS a lancé un débat sur le profil idéal du responsable. La question était la suivante : Quel serait le meilleur profil pour diriger le district sanitaire ?

Dans ce résumé des discussions, nous rappelons d’abord les recommandations de la Conférence de Dakar sur les 25 ans du district sanitaire, puis nous rapportons les points clés des discussions qui portent sur l’expérience, les compétences et la qualification.

  1. Gestion du district : rappel des résolutions de la Conférence de Dakar sur le district de santé

Pour répondre à cette question, un expert de la CoP PSS a rappelé la Déclaration de Dakar issue de la Conférence de Dakar sur les 25 ans du district sanitaire en Afrique. En effet, elle relevait les multiples transitions et changements (politiques, économiques, épidémiologiques, technologiques, …) qui ont eu lieu et qui vont d’ailleurs continuer à survenir en Afrique sub-saharienne depuis l’adoption du modèle de District de santé en 1987 à Harare. Ainsi, on peut noter une plus grande circulation des personnes, les efforts de démocratisation, l’émergence des maladies chroniques non transmissibles, l’urbanisation, l’émergence des Initiatives Globales de Santé et la forte pénétration des nouvelles technologies de l’information et de la communication.

De plus, les systèmes de santé dominés par le secteur public dans les années 80 a aujourd’hui une multitude d’acteurs (publics, privés à but lucratif et privés à but non lucratif) qu’il faut coordonner.

Ces changements amènent alors de nouveaux défis. Il faudrait par conséquent un stewardship partagé à tous les niveaux du système de santé pour faire face à cette perspective pluraliste du système de santé.

Pour cela, les participants à cette conférence avaient noté que le modèle de gestion bureaucratique à partir du niveau central n’était plus adapté. On devrait retrouver des stewards au niveau des districts de santé.

La deuxième recommandation portait sur la nécessité pour les districts de santé de devenir des organisations apprenantes. L’Equipe Cadre de District doit donc collecter les informations pour développer l’intelligence collective pour une amélioration continue de la performance. Il s’agit pour l’Equipe Cadre de District de construire des coalitions et devenir aussi bien des engagés, des organisateurs et des facilitateurs de processus. Ainsi, l’Equipe Cadre de District doit être constituée de personnes multidisciplinaires, disposant d’un éventail de compétences leur permettant de coordonner tous les acteurs, de planifier, de mettre en œuvre les interventions de santé pour répondre effectivement aux besoins changeants des populations.

Enfin, 12 points d’action clés avaient été formulés pour renforcer les districts de santé et les rendre performance dans un contexte d’un monde en perpétuel changement. En novembre 2016, l’Organisation Oust-Africaine de la Santé s’est réunie à Conakry et a validé le cadre d’opérationnalisation de ces 12 points d’action clés.

2. Profil du responsable

Expérience

Il faudrait avant tout une équipe cadre de district fonctionnel et non un groupe de travail. Le responsable du district devrait donc être le chef de cette équipe. En effet, les experts ont noté que quelque soit la qualité du manager, si l’Equipe Cadre de District n’existe pas, il serait difficile de mener des actions efficaces dans le district de santé. Pour cela, il devrait avoir :

  • Trois à cinq ans d’expérience au niveau district
  • Ancien membre d’une ECD fonctionnelle comme Directeur de l’Hôpital de district par exemple.
  • Maîtriser les fonctions et les rôles du responsable du district sanitaire
  • S’inscrire dans un processus de développement du district
  • Avoir une expérience clinique

Qualifications

a. Le diplôme de base : doctorat en médecine ?

La plupart des panélistes ont relevé qu’un médecin était la première condition pour être responsable du district. Toutefois, certains ont jugé que le poste pouvait être ouvert aux non médecins mais pas nécessairement car des expériences de non-médecins très bons responsables du district ayant un fort leadership, une longue expérience, et de bonnes aptitudes de communications ont été rapportées. Ces derniers ont d’ailleurs noté que les médecins laissent en général le district pour de nouvelles opportunités au niveau régional, central voire international lorsqu’ils acquièrent les compétences et les qualifications requises. Toutefois, ceci devrait s’accompagner d’une longue expérience et d’une formation complémentaire en gestion des systèmes de santé.

b. Une formation en management des services de santé donnant droit à un Master en Santé Publique

Cette formation devrait contribuer à améliorer les compétences du responsable en épidémiologie, en contrôle des maladies et surtout à offrir une guidance technique aux différentes unités pour répondre adéquatement aux problèmes de santé des populations. Toutefois, les panélistes ont souligné qu’une spécialisation pointue n’est pas nécessaire car le gestionnaire du district devrait surtout avoir des compétences en gestion et en organisation des systèmes de santé.

Chaque pays pourrait donc organiser ces cours de Master en Santé publique destinés aux potentiels gestionnaires de district, pour les préparer à mieux comprendre les rôles et les responsabilités, et leur fournir les outils requis (épidémiologie, planification, statistiques,….). Il s’agit donc de professionnaliser la fonction de responsable de district et la rendre plus attractive.

c. Des formations spécifiques

Outre les diplômes de base, des formations spécialisées sont nécessaires sur des domaines prioritaires de santé du pays tels que le VIH/SIDA, le paludisme, les maladies chroniques, … qui constituent l’essentiel des problèmes de santé des populations. Ceci permet au responsable du district d’être bien outillé pour négocier avec les acteurs et pour identifier les interventions clés.

Compétences

Les panélistes ont proposé les compétences ci-dessous :

a. Capacités de relations interpersonnelles pour mettre en confiance, faciliter le dialogue, gérer les conflits, coacher et communiquer

b. Capacités techniques pour développer un système local de santé performant d’où l’expertise en santé publique et en offre de soins (préventif, promotionnel, curatif…) de qualité,

c. Capacités scientifiques pour mener la recherche action, la recherche opérationnelle et donc apprendre à analyser les données et adapter les décisions et les interventions en fonction du contexte et des résultats obtenus

d. Capacités managériales pour planifier, coordonner, superviser, gérer les ressources à travers un leadership effectif pour imprimer une vision commune

3. Conclusion

Le responsable du district travaille dans un contexte changeant et d’incertitudes. Il devrait être en mesure de prendre des décisions pour répondre aux défis sanitaires de ses populations. Le meilleur responsable du district doit donc un steward qui imprime une vision et met en place une coalition d’acteurs pour atteindre une meilleure performance.

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