Par Dr Virgil LOKOSSOU et Pr Issiaka SOMBIE

OAAS logoL’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS) met en œuvre depuis Novembre 2014 le Projet régional «Moving Maternal Newborn and Child Health Evidence into Policy in West Africa (MEP)». Ce projet est financé par le Centre de Recherche pour le Développement International, les Instituts de Recherche en Santé du Canada, le Ministère des Affaires Etrangères, du Commerce et du Développement et la commission de la CEDEAO.

Une analyse de la situation du transfert des connaissances et de l’utilisation des évidences en Afrique de l’Ouest intégrant des aspects de genre, d’équité et des facteurs favorisants et limitants des systèmes de santé a été réalisée dans 6 pays (Bénin, Burkina Faso, Ghana, Mali, Nigeria et Sénégal) au cours du deuxième semestre 2015.

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Un atelier de réflexion

L’atelier de validation de cette analyse de la situation regroupant quatre-vingt parties prenantes de la sous-région et du canada s’est tenu à Dakar du 18 au 20 Février 2016. Les participants étaient des chercheurs, des décideurs politiques, des partenaires techniques et financiers, des associations de professionnels et des organisations de la société civile.

Cet atelier a permis une revue critique des résultats de l’analyse de la situation et aussi des projets financés par l’initiative a été faite. Nous avons également partagé les expériences d’utilisation des plateformes de transfert de connaissances dans les pays du projet.  Des propositions ont été faites pour une prise en compte effective des aspects genre, équité et facteurs du système de santé au sein des projets financés par l’initiative et l’amélioration du transfert des connaissances et d’utilisation des évidences en santé maternelle, néonatale et infantile en Afrique de l’Ouest.

Des leçons apprises

Les participants ont identifié des leçons qui vont orienter l’élaboration d’une intervention :

  1. l’élaboration des documents de politiques, des plans et normes et protocoles de soins en santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant dans les pays du projet se fait toujours avec l’implication des parties prenantes dont les chercheurs. Cependant la prise en compte des évidences dans leur élaboration n’est pas perçue.
  2. Les capacités des parties prenantes en matière informatique, de recherche et de processus d’élaboration des politiques étaient assez bonnes. Par contre les capacités à utiliser les évidences dans l’élaboration et la mise en œuvre des documents de politique, plan et normes et protocoles de soins étaient faibles;
  3. Des améliorations sont nécessaires au niveau de certains projets financés par l’initiative pour mieux prendre en compte les aspects équité, genre et contexte.
  4. Concernant la conduite de la recherche, le transfert des connaissances et l’utilisation des évidences, des opportunités existent. Celles-ci se retrouvent dans des programmes des institutions du système des Nations-Unies, du centre genre de la CEDEAO, des plateformes de transfert de connaissances existantes et fonctionnelles, de la branche du Cochrane Nigéria, de certains sites internationaux et de certaines équipes de recherche.
  5. Plusieurs espaces de renforcement de capacités, de dialogue entre les différentes parties prenantes, et de soutien à l’utilisation des évidences ont été identifiés. Ces espaces sont les périodes de planification, d’élaboration ou de révision des documents de politique, plan, normes et protocoles de soins, les rencontres des comités de pilotages des projets de recherche, les rencontres nationales ou régionales l’initiative.
  6. Les lois ou les règlements des services ou institutions demandant l’utilisation des évidences lors des prises de décision et d’élaboration des guides d’utilisation des évidences devront être pris en compte dans le future.

Quelles sont les perspectives?

Les perspectives pour l’OOAS sont l’élaboration et la mise en œuvre d’interventions de renforcement pour créer un environnement favorable au partage des connaissances et à l’utilisation des évidences prenant en compte les résultats de cette analyse de la situation. Ces interventions devront mobiliser et engager toutes opportunités existantes tant aux niveaux des pays et que régional. L’approche sera progressive pour arriver à la pérennisation des activités au-delà de l’initiative. Enfin, l’OOAS s’engage à partager régulièrement les résultats de cette expérience tant avec les membres de la CoP PSS qu’avec la communauté internationale. Vos contributions et commentaires nous seront également utiles.

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3 Responses to Leçons apprises de l’analyse de la situation du transfert de connaissances et d’utilisation des évidences en santé maternelle, néonatale et infantile en Afrique de l’Ouest

  1. EKONGO Lofalanga J.R. says:

    Cette analyse régionale de la situation de la santé maternelle, néonatale et infantile est une très bonne initiative. Cependant les leçons tirées ne font que les constats de ce la plupart des évaluations ont déjà produits par le passé et il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Les perspectives sont tout autant décevantes et ne peuvent contribuer à la réduction de la morbidité et surtout de la mortalité maternelle, néonatale et infanto-juvénile.
    Questions :
    1.Quelles sont les évidences généralisables pour améliorer la santé maternelle, néonatale et infanto-juvénile?
    2. Ces évidences sont-elles concentrées dans le domaine de la santé seulement?
    3. Quelles sont les apports d’autres secteurs autres que la Santé pour l’amélioration durable de la santé maternelle, néonatale et infanto-juvénile? N.B. : La santé étant la résultante de la bonne mise en œuvre de toutes les politiques sectorielles(Education, agriculture, élevage, EHA, Sécurité, etc…)
    4. Quels sont les véritables facteurs qui aggravent la morbidité et surtout la mortalité maternelle, néonatale et infanto-juvénile(MNIJ)? Est-ce que le monde médical connait tous ces facteurs? Ou bien, il y a encore des facteurs que le monde médical ne maîtrise pas ou ignore(ou bien néglige)et que ce sont ces facteurs qui majorent la morbidité et la mortalité MNIJ?
    Ce sont quelques questions. Merci
    Très cordialement,

    • Sombie Issiaka says:

      Cher EKONGO Lofalanga J.R

      Merci pour votre commentaire. Je voudrais préciser que l’objectif du projet actuel n’est pas d’analyser la situation de la santé maternelle mais surtout la situation du transfert/partage de connaissance et l’utilisation de l’évidence en santé maternelle.
      L’information ici donnée doit permettre de mettre en place des mécanismes ou plateformes qui vont aider à une meilleure utilisation des données probantes lors de l’élaboration ou la mise en œuvre des politiques, plans, normes ou protocoles de soins. Si le projet réussi, on devra avoir des Cher EKONGO Lofalanga J.R

      Merci pour votre commentaire. Je voudrais préciser que l’objectif du projet actuel n’est pas d’analyser la situation de la santé maternelle mais surtout la situation du transfert/partage de connaissances et l’utilisation de l’évidence en santé maternelle.
      L’information ici donnée doit permettre de mettre en place des mécanismes ou plateformes qui vont aider à une meilleure utilisation des données probantes lors de l’élaboration ou la mise en œuvre des politiques, plans, normes ou protocoles de soins. Si le projet réussi, on devra avoir des politiques, programmes, normes et protocoles adaptés aux priorités, aux besoins et aux connaissances scientifiques actuelles et dont la mise en œuvre doit améliorer la santé des mères et des enfants.
      Je vais essayer d’apporter des réponses à vos questions posées
      1. Aujourd’hui il existe de nombreuses évidences sur l’ampleur, les facteurs favorisant et facteurs de risque de la morbidité et de la mortalité maternelle et infantile. Il existe aussi de nombreuses données probantes sur les stratégies et protocoles de soins. Ces évidences existent dans les publications scientifiques internationales, dans les documents de la littérature grise dans les pays, à travers les expériences des différents acteurs de la santé. Lors des processus de planification ou de prise de décision, ces différentes sources d’évidence devraient être consultées afin que les priorités, les interventions, les stratégies de mise en œuvre soient les plus adaptées à nos réalités et efficaces.
      2. Je suis totalement d’accord avec vous pour dire que les tous les facteurs à la base de la morbidité et de la maternelle et infantile ne sont pas liés au système de santé. Il y a des facteurs liés au contexte qui sont d’un ordre social, culturel, économique, politique, global, international, sécuritaire, éducatif, communicationnel, hygiénique, nutritionnel, ou lié transport. Ces différents facteurs ne peuvent pas trouver leur solution au niveau du système de santé mais les interventions du système doivent les prendre en compte pour s’y adapter. Aussi, il est demande aux acteurs de la santé de travailler avec les autres secteurs pour créer un environnement favorable à une bonne santé des mères et des enfants. L’exemple type est les évacuations sanitaires. Il y aura des facteurs du système (le nombre, la répartition et les compétences des agents de santé, les modalités de financement des soins et la qualité des soins) et des facteurs liés au contexte (état et sécurité des routes, causes socioculturelles et économiques du retard au niveau de la cellule familiale pour la recherche de soins) qui vont agir ensemble dans le processus et la mise en œuvre de la décision d’évacuation dont les issues seront la morbidité et la mortalité maternelle et infantile. Il est important que ces facteurs soient connus dans chaque contexte pour les prendre en compte dans l’organisation des soins
      3. Au vu de ce qui est dit plus haut les autres secteurs ont leur place dans la lutte contre la morbidité et la mortalité maternelle et infantile. Si toute la population était éduquée la compréhension et l’adoption de plusieurs messages de prévention permettrait de réduire la morbidité et la mortalité maternelle et infantile. Si toutes les routes étaient praticables de nombreuses femmes n’allaient pas continuer de mourir au niveau du milieu rural.
      4. La morbidité et la mortalité maternelle et infantile sont la résultante de la combinaison de plusieurs facteurs liés au système de santé et de plusieurs facteurs liés au contexte. Nous devons toujours travailler à réduire les facteurs liés au système de santé et adapter l’organisation des soins au contexte pour être sûr de réussir dans la lutte contre la morbidité et la mortalité maternelle
      Pr Sombie Issiaka, PhD

  2. Basile Keugoung says:

    Bonjour à tous,
    Après ces deux commentaires, je suppose que les autres lecteurs ont des avis. La santé maternelle, néonatale et infantile a besoin de nos experiences pour s’améliorer en Afrique sub-saharienne. Pourquoi la situation ne s’améliore pas assez dans cette partie du monde?
    Basile Keugoung

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