Le samedi 7 novembre 2015, l’OMS a officiellement annoncé la fin de l’épidémie de la Maladie à Virus Ebola en Sierra Leone. Pour le Liberia, la Sierra Leone et la Guinée s’ouvre désormais une période de reconstruction des systèmes de santé. La Communauté de Pratique Prestation des Services de Santé (CoP PSS) va s’associer à ce mouvement de reconstruction. Dans ce billet de blog, nous vous présentons un nouveau projet qui démarrera très prochainement.

T 043Comme vous le savez, les 16-18 décembre, nous tiendrons un atelier à Cotonou autour de la thématique du renforcement des districts de santé grâce aux nouvelles technologies de l’information et de la communication (TIC). L’équipe de facilitation de notre CoP profitera de ce séjour à Cotonou pour les 14-15 décembre 2015, faire le bilan de l’année 2015 et définir les perspectives de l’année 2016.

L’un des points qui sera débattu est un nouveau projet qui sera lancé dans les prochains jours : le Projet de Mobilisation 2.0 des Equipes cadres de district (Mob 2.0) dans la lutte contre les maladies à potentiel épidémique (MAPE). Ce projet, porté par la CoP PSS est financé par l’UNICEF. Il sera mis en œuvre dans une première phase au Bénin et en Guinée, et dans une seconde phase des thématiques autres que les MAPE voire d’autres pays seront ajoutés. Les préparatifs sont en cours et toutes les équipes se mobilisent pour un démarrage effectif des interventions à partir de janvier 2016.

La faiblesse des districts de santé : le problème majeur

En Afrique sub-saharienne, le problème majeur des systèmes de santé est leur faiblesse et leur incapacité à répondre aux besoins des populations. L’une de ces faiblesses  découle aussi de son fonctionnement bureaucratique basé sur les directives émises depuis le niveau central. Or les districts sont différents, et les acteurs décentralisés font face à des difficultés qui ne remontent pas souvent au niveau central afin que des solutions adaptées soient apportées. Il faudrait donc contextualiser les approches. Le district 2.0 proposé lors de la Conférence de Dakar devrait être recentré sur les populations. Pour y arriver, nous devons saisir toutes les opportunités issues des changements survenus au cours de 20 dernières années pour renforcer les systèmes locaux de santé. Parmi ces changements, on peut citer les TIC, l’urbanisation, le développement économique et une meilleure compréhension des concepts de santé (stewardship, gouvernance). Pour cela, les participants à la Conférence de Dakar avaient proposé un changement substantiel en termes d’approche au niveau district. Il fallait mettre en œuvre un véritable dialogue avec les personnes, l’expérimentation, l’innovation et le partage d’expériences. D’où la nécessité de développer des Initiatives qui répondent à ces préoccupations.

Mobilisation 2.0 : une approche innovante

L’Initiative sera mise en œuvre par trois Instituts de recherche et une startup: l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers-Belgique (IMT), le Centre de Recherche en Reproduction Humaine et en Démographie, Cotonou-Bénin (CERRHUD), le Centre National de Formation et Recherche en Santé Rurale de Maferinyah-Guinée (CNFRSR), et Blue Square. Tout cela se fera bien sûr en coordination avec les acteurs locaux et les Ministères de la Santé en particulier.

 Il s’agit de tester une approche innovante qui combine quatre axes d’intervention : i) une solution technologique d’évaluation de la capacité du district à assurer la prise en charge des MAPE à travers des checklists électroniques et la visualisation des résultats en temps réel, ii) un partage d’expériences et de bonne pratiques entre les équipes cadres de district sur un forum de discussion en ligne, iii) l’utilisation des médias sociaux pour améliorer les connaissances des prestataires et des populations et enfin iv) la recherche-action pour tirer les leçons de l’expérience.

L’axe principal de Mob 2.0 est la responsabilisation des acteurs au niveau décentralisé pour améliorer leur propre performance. L’idée est de ‘capaciter’ les ECD dans leur prise de décision grâce à un processus d’autoévaluation structuré et facilité, et un dialogue informé avec les autres acteurs du système de santé, notamment le niveau central.

Quel rôle joueront les acteurs ?

La CoP PSS accompagnera le processus et assurera la guidance générale.  L’IMT est chargé de la coordination et la guidance scientifique. Les CERRHUD et le CNFSR coordonnent la mise en œuvre de l’Initiative au Bénin et en Guinée respectivement.

 Les équipes cadres de district et les médecins chefs de district en particulier joueront un rôle central. Ils seront à la fois acteurs de mise en œuvre et bénéficiaires. La proposition qui leur sera faite dans les prochains jours est de remplir les checklists électroniques d’évaluation de la préparation de leur district, d’identifier les problèmes et de chercher des solutions pour corriger les écarts. L’information qu’ils transmettront sera retranscrite par nous dans un format visuel en ligne facilitant la comparaison entre districts, l’analyse et l’interprétation. Ensuite, ils partageront leurs résultats et leurs expériences sur le forum de discussion en ligne avec leurs pairs ainsi que les autorités régionales et centrales et les partenaires techniques et financiers. Les données seront ‘ouvertes’ et donc accessibles aux acteurs locaux, par exemple de la société civile et les élus locaux.

Cela ne sera possible qu’avec l’appui institutionnel des niveaux régionaux et centraux. Pour cela, ils devront appuyer les districts dans leur analyse et surtout dans la recherche des solutions aux problèmes qui seront identifiés. A défaut, le risque serait de voir les districts replonger dans la routine.

Cette stratégie innovante va requérir des innovations technologiques. Pour ce faire, nous nous sommes associé à Blue Square. Cette startup va développer les plateformes électroniques qui permettront de collecter les données et de présenter les résultats sur la préparation et la réponse aux MAPE. L’animation des forums de discussion en ligne sera confiée aux Instituts de recherche nationaux (CERRHUD et CNFSR) avec l’appui de l’équipe de facilitation de la CoP PSS.

Les Partenaires techniques et financiers sont un levier important de la performance. Il est espéré qu’ils faciliteront la résolution des problèmes et s’inscriront dans la perspective du renforcement des systèmes locaux de santé. En fonction des ressources disponibles, ils pourront soutenir une partie ou l’ensemble des districts de santé.

Développement futur

Il est clair que les compétences existent en Afrique sub-saharienne pour développer des systèmes locaux de santé performants. Le défi est de sortir de la logique traditionnelle en  innovant. L’Initiative Mob 2.0 L’Initiative Mob 2.0 s’inscrit pleinement dans une démarche expérimentale : il s’agit de tester une nouvelle théorie de changement. Pour maximiser nos chances de succès, nous pratiquerons une méthode d’apprentissage accéléré, inspirée des meilleures pratiques développées dans la Sillicon Valley. Si nous arrivons à trouver la formule qui marche, nous aurons inventé quelque chose de nouveau. Nous sommes en discussion avec certains acteurs qui ont dès à présent marqué un intérêt pour des tests ailleurs ou des extensions à d’autres problèmes de santé.

Ainsi, la Fondation Damien qui était impliquée dans la conception de ce projet en Guinée compte accompagner les différents acteurs dans la mise en œuvre. Cette Fondation travaille dans des pays d’Afrique, d’Asie et d’Amérique Latine, où les épidémies sont répétitives et cette approche innovante pourrait être testée.

Nous veillerons à vous tenir informés de l’avancement de notre projet (qui aura un site internet propre) et des développements éventuels. N’hésitez pas à nous contacter si vous êtes intéressés.

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